lun. Août 10th, 2020

TALENT D'OR

Pour la promotion du sports

Jeannot WITAKENGE de A à Zed (Tribune de Justin KYANGA)

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Alors que la planète foot n’en finit plus de pleurer Jeannot WITAKENGE, la méga star du foot décédée le vendredi 24 Avril 2020 à l’unité des soins intensifs de l’Hôpital Provincial Général de Référence de Bukavu, nous nous sommes livré à ce modeste essai consistant à  reconstituer  certains détails mal connus du public sur sa personne et son incroyable parcours.

La richesse de la carrière de celui que l’on appelait affectueusement « Mugondo » suffit pour justifier le temps relativement long que nous avons mis pour rassembler ces éléments mais aussi pour le mettre en forme avec le choix porté par nous de le faire en ordre alphabétique, de la lettre A renvoyant sur ses relations amicales à la lettre Z se rapportant à Zanzibar où il remporte haut la main la CECAFA des clubs avec Rayon Sports en 1997. Le présent  travail que nous avons commencé du vivant de l’icône reste disposé et ouvert à toute sorte d’amélioration et autres suggestions tout en ayant donc pas la prétention d’être complet encore moins parfait. On aurait souhaité le présenter de manière beaucoup plus simplifiée, mais notre option de l’étaler sur 26 angles différents et correspondants aux 26 lettres de l’alphabet ne nous aura pas facilité les choses sous cet aspect-là.

Les lignes ci-dessous nous renseigneront ainsi par exemple sur les habitudes alimentaires de l’homme, le sacre contre toute attente de Lupopo au Challenge Vodacom en 2002 au Kings Park Stadium de Durban en Afrique du Sud, nous découvrirons les 2 dimensions de Lucie, à la fois le nom de sa Mère et de sa Fille ainée, sa passion pour le Barça ou encore la qualité des entraineurs qui ont eu à le façonner. Redécouvrons donc de A à Z le Vrai Jeannot WITAKENGE.

A comme Amitiés.

De l’enfance à l’âge mature tout comme du footballeur actif à l’entraineur, la carrière de l’icône lui aura permis de se taper un carnet d’adresses impressionnant.  Didot KONGOLO Mwamba aura surement été le fidèle des fidèles de ses amis. Rien ne prédisposait pourtant ce rapprochement  au regard de duels féroces auxquels les 2 hommes se livraient lors des chocs pour la plupart électriques entre l’OC Muungano et l’US Safari au milieu des années 90. Safari confiait toujours une mission de Man to Man à Didot pour tenter de neutraliser  Jeannot avec des résultats mi-figue mi-raisin, le club de l’ex SNCC/Bukavu faisant partie de ceux qui ont donné le plus de fil à retordre à l’OC Muungano en cette période-là. Aux années de gloire chez Rayon Sports, Didot KONGOLO avait son agenda partagé entre Bukavu et Nyamirambo. L’ex Capitaine de l’US Safari était donc le Conseiller de l’ombre, l’homme de confiance et qui était toujours consulté avant les grandes décisions à prendre et liées aux transferts et autres contrats à signer. En allant vers Lubumbashi au début des années 2000, dans un premier temps, l’invitation officielle est du TP Mazembe. Mais à l’arrivée, les choses basculent et la perle prend la direction du FC Lupopo, une équipe sponsorisée par l’ex SNCC et s’habillant en jaune et bleu, comme…….l’US Safari. L’ami de toujours a eu à être consulté pour cela. Et lors des derniers jours ayant précédé le décès, la star confiera à Didot l’une de ses dernières missions dans leur amitié : s’impliquer personnellement pour que ses enfants vivent ensemble.

Et dans ce même registre, difficile de ne pas évoquer le nom d’Adolphe BUAKARABA dit Ndundu, ancien Capitaine de Régisport Mayimoto de Bukavu et actuel Président du Vétéran Club Les Epaves de Bukavu, l’une des équipes des vielles gloires les plus en vue du Chef-lieu  du Sud Kivu. Amis d’enfance, les deux hommes se sont toujours côtoyé. Et revenant du Rwanda ou de Lubumbashi, Jeannot n’hésitait pas par moment d’habiter  chez Adolphe BUKARABA. Et comme c’est bien en période de tribulations, de tristesse et de chagrin que l’on sait mesurer la sincérité d’une relation, celle entre les 2 hommes l’était réellement. La légende est à Goma quand les  premiers  véritables signes de  maladie se manifestent vers Fin 2018. Après quelques traitements sur place, un transfert pour un prise en charge plus indiquée  à Bujumbura devient inévitable. Adolphe BUKARABA abandonnera presque tout ce qu’il a comme occupation, se consacrant sur le cas de son ami, arborant une fois pour toutes, la casquette de garde-malade. Avec l’autorisation de sa famille, c’est lui qui l’amène à Bujumbura à 4 reprises pour différentes étapes du traitement allant de la consultation au scanner en passant par les examens et l’endoscopie. C’est toujours lui qui l’accompagne lors de l’opération subie avec succès quelques mois plus tard  à l’Hôpital dit FOMULAC Katana dans le Territoire de Kabare. Il y enregistre même avec plaisir la visite d’une délégation dépêchée par la Direction de Rayon Sports jusqu’à Katana pour honorer le Champion.  On l’a toujours vu à ses côtés lors des différents contrôles tant au Centre Hospitalier BIOPHARM qu’à l’Hôpital  Provincial Général de Référence de Bukavu. Et lorsque la situation se détériore en date du 3 Avril 2020, il est avec lui dans l’ambulance qui le conduit aux Urgences de l’HPGRB. Durant les 3 semaines qu’auront duré les soins, il est  présent sur place chaque jour de 7h30 à 21h00. Il oriente les visiteurs, sert de trait d’union avec les membres de la famille vivant loin de Bukavu, échange avec les médecins sur les derniers développements de la situation, règlemente soigneusement la communication vis-à-vis des tiers, du monde extérieur et des journalistes et chapeaute même l’organisation des funérailles.

B comme Buholo Six.

C’est sur cette Avenue située en plein cœur de la célèbre Commune de Kadutu, Quartier Mosala,  dans la Ville de Bukavu qu’est né Jeannot WITAKENGE. La maison des parents était alors situé non loin de Chez Groupe Kalémie à Buholo 6, du nom de cette Maison de Commerce Général qui avait également une succursale à Nyamugo. Et c’est autour  du petit terrain dit Monument de Buholo 6 qu’il s’exerce à ses premières touches de balle avec ses « amis d’enfance de  quartier » parmi lesquels Noé, ancien défenseur de Regisport/Mayimoto et de Ibanda Sports.

C comme Chasseurs de buts.

De part son rôle de milieu offensif,  Jeannot aura tout au long de sa riche carrière, frequenté et mis en vedette par la qualité de ses passes, que des attaquants de pointe de grande classe  et des grands buteurs. Au registre de ceux-ci, on peut bien évoquer :

– Coté OC Muungano WITANDAYI Berec, Addy BUKARABA, Nino BANGWENE, BABINGWA Jean-Paul, WITANDAYI Elias ou encore RUKONDO Banza et Paulin,

-Coté Inter Stars : Désiré MBONABUCYA, SHWEKA Faustin,

-Coté Rayon Sports : MBUSA Kombi Billy, Zappy MOLA, Papy KAWEMBE, Jimmy GATETE, Nino KANDI, LOMAMI Jean

-Coté FC Lupopo : Guy LUSADISU, Patrick MUNGUNU, Junior EALE, Baby BAYIA, BOLOZI Bezwa, Charly TOMBO,

-Coté APR FC : Abbas RASSU, KAYIZI Vincent, BWALYA Jo.

Il se raconte ainsi que Zappy MOLA, suivi par quelques recruteurs présents à Kigali en vue d’un récrutement à Oman, était obligé de carrement verser des pots de vin à Jeannot pour qu’il se fasse offrir des passes lumineuses aux allures de caviar et séduire davantage les asiatiques dans les tribunes.

D comme Didier MBAYU

En tant qu’adulte, de tous les joueurs qu’il a vu évoluer à Bukavu, Didier MBAYU, ancien Maitre à jouer de l’OC Bukavu Dawa, auteur d’un doublé lors d’une victoire historique des noirs blancs contre le Grand DCMP de Okitakachi en 1992 à Bukavu est resté dans la mémoire de Jeannot : « C’est mon idole, j’ai toujours cherché à l’imiter, j’avais un faible pour la beauté et la simplicité de son style de jeu, mais dommage qu’il a arrêté de jouer très tôt » ne cessait-il de rappeler.

E comme Entraineurs.

C’est le célèbre Jules NDELEMA dit Good Year qui le fait découvrir au grand public en tant qu’entraineur de l’OC Muungano à la fin des années 80. Il livre son tout premier match face au Cercle Bande Rouge comme ailier et se fait marquer par Feu Bobé NGWANDI. Et c’est ce jour-là que Good Year se résoudra de desormais lui trouver un autre poste et de là est parti le poste de prédilection de milieu offensif. Et sa première véritable expérience de footballeur en dehors de son Bukavu natal, il la doit au Coach Raoul SHUNGU. C’est ce dernier, ancien joueur de Bilombe de Bagira mais aussi du Cercle Bande Rouge, qui, aux commandes de Inter Stars de Bujumbura et dans un climat de lendemain de dissidence d’avec Inter FC, à la recherche des renforts sous l’impulsion du Président Déo NGEANDAHAYO, chef des Services secrets du Président BUYOYA, l’invite au Burundi. Ce sera le point de départ d’une complicité qui durera plus de 15 ans entre les 2 hommes. La relation  Entraineur-joueur  va tourner à merveille chez Inter Stars, chez Rayon Sports mais aussi chez Saint Eloi Lupopo avant de carrement se transformer en collaboration Entraineur principal-Entraineur Assistant chez les mêmes  Cheminots de Lubumbashi. Un autre grand nom à avoir eu sous ses ordres le jeune prodige d’alors fut le Coach TSHIBASU, engagé par le Vice-président honoraire de l’OC Muungano KABENGE Bofenda aux milieux des années 90. L’ancien gardien de but, venu de Maniema Fantastic de Bujumbura montera une équipe de rêve des bleu blanc bâtie  autour de Jeannot WITAKENGE avec les Guy BUNGILWA, Lubé KASANGANDJO et autres RUKONO Banza, KALUSHA, ou encore les Frères KENGE, Kibonge et Seba. Vainqueur de la défunte Coupe d’Afrique des Vainqueurs des Coupes en 1994 comme Coach du DCMP de Kinshasa, le malien Mohamed MAGASSOUBA devient par la suite sélectionneur des Léopards avant d’atterrir chez Lupopo et de faire de Jeannot WITAKENGE son capitaine. Après un nul de 1 but partout contre Bukavu Dawa en championnat de la Linafoot à Bukavu en 2003 il nous confie lors d’une interview : « WITAKENGE est un joueur fantastique, un grand bagarreur, j’aime beaucoup ces genres de leaders, c’est un capitaine naturel ». Et  lorsque Lazare MILOSEVIC débarque chez Lupopo en 2010, dirigeant sa toute première séance d’entrainement, il improvise un « deux camps » en vue de se faire une idée superficielle sur les hommes à sa disposition.  Fraichement reconverti entraineur assistant, Jeannot WITAKENGE se range tout de même dans les rangs de l’une de 2 équipes montées ce jour-là. Seulement 5 minutes après le coup d’envoi, le serbe n’en revient pas et de par son jugement et son appréciation, le meilleur joueur sur le terrain est bien WITAKENGE. Quelle n’avait donc pas été sa surprise lorsqu’on lui apprenait qu’il n’était que membre du staff et non joueur actif ? Tous les coachs passés par Lupopo du temps de l’activité de Jeannot n’ont pas eu de choix que de conjuguer avec lui. Après une impressionnante Linafoot 2006 et une élimination la tête haute de Lupopo en Ligue des Champions face aux nigérians d’ ENYIMBA, APR FC  craque  face au talent du milieu offensif. C’est le Général James KABAREBE en personne qui négocie avec lui, et Jeannot conditionne sa venue par l’acceptation par le club rwandais du fait qu’il amène dans ses valises Andy MFUTILA, son coach d’alors chez Lupopo accompagné des Frères TWITE, Kabange et Mbuyu mais aussi le défenseur Patrick MAMPUYA. APR FC se plie à toutes ces exigences et voilà le club militaire constitué presque à moitié d’un effectif  imposé par Jeannot WITAKENGE. La suite on la connait, l’APR FC Version Andy MFUTILA et Chico MUKEBA comme adjoint, remportera 4 Trophées en une saison 2007, le Championnat, le Coupe de la paix, la Coupe de la CECAFA des Clubs et un Tournoi Sous régional des équipes militaires.

F comme FUNU

Depuis les années 80, la Paroisse Catholique de Cimpunda en Commune de Kadutu a toujours organisé un célèbre tournoi de football mettant aux prises ses différentes Shirika, le tout en vue d’encadrer les jeunes, élèves pour la plupart, en les mettant à l’abri des divagations et autres risques  d’appartenance à des mouvements criminels en période des grandes vacances. Ce grand rendez-vous de vacances a récolté tellement du succès au fur des années jusqu’à voler par moment la vedette à certains matchs officiels du championnat de Bukavu. Et les hostilités  se déroulent depuis toujours sur le très impraticable terrain de Funu, du nom de l’Avenue qui porte le même nom. Et la plupart des grands noms du football bukavien sont venus de ce Tournoi là. Ayant grandi dans le coin, Jeannot WITAKENGE n’a donc pas échappé à la règle. On retiendra de lui un joueur sollicité et presque toujours transféré vers une nouvelle équipe pour la prochaine édition. On l’a vu ainsi dans Binamé, il a été enrôlé par Kasheke et a eu à arborer les couleurs de Nyamulagira avec il faut tout de même le souligner ,des fortunes diverses.

G comme Guêtre.  

Guêtre est synonyme dans le langage courant ou vulgaire des bukaviens de viande de porc. C’était la chaire préférée de Jeannot WITAKENGE tant chez lui à la maison qu’au niveau des ambulants  qui sillonnent les terrasses et autres Nganda. Vous auriez donc souhaité l’inviter à manger chez vous un jour, vous seriez ainsi prévenu. Important aussi de placer en 2ieme position de ce classement de ses mets préférés les « Mitu ya Ntaba » ou têtes de chèvre grillées de chez Tonton à l’entrée de la Cathédrale de Bukavu.

H comme Hospitalité.

De Kigali à Lubumbashi, ceux qui ont approché Jeannot WITAKENGE ont tous été unanimes sur son sens de l’accueil envers les visiteurs. Qu’il s’agisse des familiers ou des amis du monde du football, tous été les bienvenues chez Jeannot. Du temps des années Nyamirambo, son domicile avait des allures d’internat accueillant presque tous les garçons de Bukavu partis se chercher un club le temps de trouver un recrutement. Certains étudiants originaires du Sud Kivu et partis poursuivre le Cycle suivant à l’Université de Lubumbashi ont également brossé le même témoignage. Nous avions particulièrement été témoin d’une anecdote en lui rendant visite même en étant déjà suffisamment épuisé par la maladie. Il tenait forcement à ce que ce soit lui qui offre le premier service.

I comme Influence.

Dans tous les clubs où il est passé, Jeannot WITAKENGE a toujours joué les premiers rôles en y exerçant une grande influence. A part chez Inter Stars de Bujumbura et dans une certaine mesure chez APR FC, il a été capitaine de l’OC Muungano, de Rayon Sports et bien sûr  de Lupopo. A la fin de sa carrière de footballeur, Licence d’Entraineur CAF Niveau C en mains, on l’a vu tour à tour, Entraineur assistant chez Lupopo, Entraineur principal chez Muungano et Entraîneur assistant chez Rayon Sports jusqu’en Ligue des Champions. On a eu également à assister à un match à Kamituga où l’une des équipes avait dans ses rangs, LUBULA Kamengele l’un de ses petits frères qui n’a pas connu la même réussite que Jeannot en tant que footballeur. Mais pour le simple fait d’être son petit frère, l’équipe adverse, par peur mais aussi par respect et considération à ce grand nom de notre football, a dû mener une discussion de près de trois quarts d’heures en récusant ce joueur au motif que « Iko wabo Jeannot » traduit en « Il est de la famille de Jeannot ». Les esprits avaient fini par se calmer et sur le terrain  LUBULA n’aura été que l’ombre de lui-même et méconnaissable sur toute la ligne.

J comme Jean.

A l’état civil, tel que découvert sur ses identités, la star s’appelait bien Jean WITAKENGE Kamengele. Jeannot, sobriquet enfantin issu du monde du foot, n’aura été qu’une déformation de Jean. Difficile donc de réussir un si grande carrière sans avoir eu à se faire coller des petits surnoms. Dès le début de sa carrière, les férus de l’OC Muungano le bombardent  « Mugondo » en référence à ses premières culottes jugées très grosses pour lui. A Lubumbashi, les Fans de Lupopo emportés par l’immensité de son talent, veulent lui traduire et lui exprimer tout le respect qu’ils lui reconnaissent. Aux premières années, on le baptise « Kaka » ou « Grand Frère » ce qui finira par été jugé de pas trop indiqué pour exprimer la pensée. Kaka laissera donc bien la place à « Mwalimu » ou « Maitre ». Jusqu’au début des années 2010, il était de coutume pour les garçons de Bukavu partis  jouer au Rwanda, de prendre un nom tiré dans le patrimoine culturel local en vue de jouir de certaines facilités. Et ainsi Jeannot WITAKENGE  durant tout son passage chez Rayon Sports s’est fait appeler  MUGISHA Jeannot.

K comme Kamituga.

De part ses origines, Jeannot WITAKENGE était du clan Buuse, peuple autochtone de la Ville de Kamituga dans le Territoire de Mwenga, avec les Balighi. Tout petit dans son enfance à Buholo 6, Jeannot WITAKENGE craque pour l’OC Muungano, son club de cœur. En allant à l’école, il ne revenait à la maison que vers 18h00 filant chaque fois regarder les entrainements des bleu blancs au sortir des cours.  Furieux, son Père, aujourd’hui décédé, lui infligera une punition en se décidant de le reléguer à Kamituga où il poursuivra une partie de sa scolarité. Et c’est bien là que piqué par le virus du footaball, il fera la découverte de l’Association Sportive  Kabukungu-Service Médical-Sawasawa de Kamituga, KASMS en sigle. C’est ici l’occasion de souligner que contrairement à la croyance populairement répandue, la véritable première équipe de Jeannot WITAKENGE n’était pas l’OC Muungano mais l’AS KASMS de Kamituga. Son tout premier entraîneur dans ce sens étant le Coach GUIZAMOT LEMBUGA qui plusieurs années après s’était retrouvé  en poste au FC Mukaramaba de Bagira. Les choses auraient-elles été plus structurées à l’époque, c’est donc du côté de l’AS KASMS de Kamituga que l’OC Muungano aurait du négocier le transfert de Jeannot.

L comme Lucie

Aux premières heures de sa carrière au début des années 90, Jeannot WITAKENGE a eu une Fille, son tout premier enfant et qu’il appellera Lucie, du nom de sa mère. Actuellement Mère de 4 enfants, on l’a vu très  présente au chevet de son Père lors des derniers moments de sa vie. Il aura plus tard 7 autres enfants  et dont le plus connu reste à ce jour Martin WITAKENGE.

M comme Mesures barrières.

Décédé aux soins intensifs de l’Hôpital Provincial  Général de Référence de Bukavu le 24 Avril 2020 et non le 25 Avril comme malencontreusement véhiculé, Jeannot WITAKENGE a eu droit à des funérailles dignes d’un Prince, le lundi 27 Avril 2020, allant de la Morgue aux Cimetières de la Ruzizi en passant par le Stadium de Buholo 4 ou encore par le Stade de la Concorde de Kadutu. Joueurs actifs et retraités, Amicale des entraineurs, dirigeants des clubs et ceux des entités, tous ont répondu massivement à l’appel. L’engouement aurait été plus prononcé si la pandémie de Coronavirus n’avaient pas obligé les officiels à décréter la fermeture des frontières. Les délégations de Kigali et de Lubumbashi n’ont pas ainsi réussi à effectuer le déplacement malgré leurs prédispositions.   La popularité et la notoriété de l’homme ont donc finit par avoir raison des mesures dites barrières en vue de la prévention de la propagation de cette pandémie. Si l’on pouvait  identifier des manifestants arborer bien leurs masques cache-nez, la distanciation sociale visant à observer un minimum d’un mètre entre individus en cette période a tout simplement été placée momentanément entre parenthèses.

 N comme Noir Blanc

Dans toutes les grandes villes où il a eu à prester, les couleurs noir blanc ont toujours été porteuses de beaucoup de significations. Dans son Bukavu natal, ces couleurs symbolisent Bukavu Dawa, le club rival à l’OC Muungano et contre lequel Jeannot a connu des hauts et des bas. Les noir et blanc étaient en revanche ses couleurs chez Inter Stars avec lequel il est allé en Coupe de la CAF, éliminé par les ghanéens de Ashanti Kotoko de KUMASI le 8 Mai 1995. Lors de son séjour kigalois chez Rayon Sports, les noir et blanc d’APR FC vont être pour lui des adversaires farouches dans un premier temps avant d’arborer lui-même les mêmes couleurs en 2007. Et enfin à Lubumbashi où il aura passé une quinzaine d’années, son club de Lupopo a toujours eu comme rivaux éternels, les noir et blanc du TP Mazembe.

O comme Octobre.

Des spéculations sont allées dans tous les sens sur l’âge de Jeannot WITAKENGE et toute vérification faite, il est bien né à Bukavu le 4 Octobre 1971

P comme Pleurs.

A ces débuts sous les couleurs de l’OC Muungano, même sur le terrain, il n’hésitait pas à faire couler ses larmes lorsque son équipe encaissait ou perdait carrement un match, un peu à l’image des larmes de Basile BOLI après la défaite en finale de la Ligue des champions  contre l’Etoile Rouge de Belgrade à Bari en Italie aux tirs aux buts. Mais avec le temps il a gagné en maturité et a réussi à savoir blinder son mental lors des victoires tout comme lors des défaites.

Q comme Question.

Faute d’un suivi rigoureux lié à certaines défaillances dans les services d’archivage des données par les instances footballistiques du pays tant au niveau local, provincial que national, la question du nombre exact de buts inscrits par Jeannot WITAKENGE sur l’ensemble de sa carrière est restée à ce jour sans réponse.

R comme regrets.

Au chapitre de déceptions, Jeannot WITAKENGE nous confiait un jour avoir eu de la peine à oublier la terrible giffle de 3-0 infligé  par l’OC Bukavu Dawa lors du Tournoi organisé par l’OC Muungano en commémoration de son Cinquantenaire. Le choc aura été terrible dans la mesure où cette défaite cruelle venait rendre salée une soirée de fête organisée dans la foulée et pourtant voulue grandeur nature. La vie étant faite des hauts et des bas, alors que la CAN 2004 se déroule en Tunisie et que Jeannot WITAKENGE, alors joueur de Lupopo est au sommet de son art, son nom ne figure pas sur la liste rendue publique par le sélectionneur  serbe Ratomir DJUKOVIC et cela pour des raisons non élucidées jusqu’à ces jours. Un contentieux sur sa nationalité sportive opposant le Rwanda à la RDC verra le pays de Constant OMARI condamné par défaut. Et revenant sur son passage sur le banc de l’OC Muungano comme Entraineur principal, il y essuiera une décevante série de 14 matchs sans la moindre victoire et grave même sans marquer. Et en coulisse il nous révèlera que même pendant les entrainements avec un bois sans gardien, ses joueurs ne parviennent toujours pas à la mettre au fond. Et que dire de cette bagarre à travers laquelle s’illustre APR FC en Coupe d’Afrique au Togo le 18 Mars 2007 ? En 16ième de finale retour de la Ligue des champions contre Maranatha de FIOKPO, APR FC vainqueur à l’aller par 2-0, se retrouve menée à la 75ieme minute par 0 à 2 dont un but sur penalty. Et à 3 minutes de la fin, un nouveau penalty est accordé aux locaux, il ne sera jamais exécuté. Les rwandais pètent le plomb, mettent la main sur l’arbitre et sont disqualifié pour la suite de la compétition avec des fortes amendes en toile de fond. Dans ce registre toujours, bien que parti à Kigali, Mazembe bat Lupopo par 12 buts à 1 en finale du championnat de la Ligue de Football du Katanga le 26 Novembre 2006. La plus grande déboire de sa vie aura surement été le fait de se retrouver sur un terrain lors d’un derby face à Mazembe alors que sa femme venait de décéder. Il réussira tout de même une passe décisive en faveur de Junior Eale pour le but de la victoire 1-0, et quittera ensuite  ses coéquipiers avant le coup de sifflet final.

S comme Six.

Le Six aura été le numéro magique voir porte-bonheur deJeannot WITAKENGE bien que traditionnellement indiqué pour les milieux défensifs. Certains ont même suggéré qu’en reconnaissance de tous les plaisirs procurés aux fans,  le numéro 6 soit carrement  retiré des numéros de l’OC Muungano, à l’image de ce qui a été fait des 6 et 3 au Milan AC en souvenir aux inoubliables parcours de Franco BARESI et Paolo MALDINI ou encore du 10 de MARADONA à Naples, du 14 de Yohann CRUIJFF à l’Ajax et pourquoi pas du 4 de Javier ZANETTI à l’Inter Milan. D’autres ont suggéré d’ériger un monument à l’entrée du Stade de La Concorde, certains allant jusqu’à préconiser  la débaptisation  pure et simple en sa faveur du Stade de la Concorde de Kadutu à Bukavu. Il nous révèlera plus tard avoir opté pour le numéro 6 en souvenir à  cette avenue du Qaurtier Mosala, Buholo 6, en plein cœur de la Commune de Kadutu et où habitaient ses parents quand il est né.

T comme Talent.

En tant que footballeur, Jeannot WITAKENGE aura été l’un des joueurs les plus doués de sa génération. Dès les bas âges, il commence à taper dans un ballon déjà à seulement 4 ans à Buholo 6 et ceux qui l’ont suivi détecte en lui immédiatement certains dons innés. Arrivé à maturité, on découvrira en lui des valeurs telles que la vision et la clairvoyance dans le jeu, la justesse et l’exactitude dans la délivrance des passes, la puissance et la précision dans les balles arrêtées et surtout le sang-froid et la maitrise de soi dans le dernier geste. Athlète intelligent, il ne manquait cependant pas certaines faiblesses en tant que humain. Son manque de force morale le rendait vulnérable aux provocations de ses adversaires sur le terrain en l’exposant par moment à des lourdes sanctions des arbitres allant des réprimandes verbales aux expulsions en passant par des avertissements.

U comme Urgences.

C’est finalement aux Urgences de l’Hôpital Provincial Général de Référence de Bukavu que le Champion aura été conduit le 3 Avril dernier. Les douleurs causées par des ennuis au niveau de son estomac s’étant accentué, il y passera 2 jours sous surveillance  avant d’être admis au Pavillon 12 de la même formation médicale. Et de là, 2 semaines après, les choses dégénèreront de nouveau, et le voilà admis cette fois aux soins intensifs où il rendra l’âme le Vendredi 24 Avril 2020 autour de 22h00.

V comme Vodacom Challenge.

Et parmi les plus grandes consécrations à mettre à l’actif de Jeannot WITAKENGE, figure le Challenge Vodacom en 2002. Après le désistement du représentant du Ghana, Lupopo et Jeannot WITAKENGE invités en dernière minute pour combler le vide créent la sensation en remportant le Trophée. En finale, les Lushois battent Kaizerchiefs 1-0 après avoir éliminé Orlando Pirates en demi.

W comme Wakilongo.

Dans l’histoire de certains clubs et de certaines Nations, le football fait parfois figure d’affaire de famille. Et des cas sont ainsi légion tant en Europe qu’en RDC. Ainsi a-t-on connu les Frères de Boer à l’Ajax et aux Pays Bas, les Frères Ayew au Ghana, les Frères Boateng, Cesare et Paolo Maldini au Milan AC, les gardiens Peter et Kasper Schmeichel au Danemark, les 3 frères MBABU à l’AS V.Club, la célèbre Famille BUKARABA à Bukavu et tant d’autres.  Issu d’une très grande famille de footballeurs, Jeannot WITAKENGE répond à cette réalité là. Le Père, Feu KAMENGELE dit Werra fut Gardien de l’OC Muungano dans les années 60. Le grand frère Polycarpe WAKILONGO a exercé comme attaquant chez Zaire Bank de Bukavu, Espoir de Cyangugu, OC Muungano et Rayon Sports. Le petit-frère, Kamotela  KAMENGELE dit Kamot a mouillé le maillot en faveur de l’OC Muungano, d’Inter Stars de Bujumbura, de Mukura de Butare au Rwanda et même d’Express de Kampala. Quant au  grand frère, Bernard SANINGA, il n’a pas réussi à s’imposer et reste de ce fait le moins connu de la fratrie sur le plan football.

X comme XAVI

Et depuis la foncée de la chaine Canal + dans le paysage médiatiquede la RDC, les congolais consomment de plus en plus les championnats majeurs européens parmi lesquels la Liga espagnole. Chacun se range derrière telle ou telle autre écurie lors du derby le plus regardé au monde et qu’est le choc entre le Barça et le Réal Madrid. Et pour Jeannot WITAKENGE, il n’y avait pas débat, le Barça par rapport à la finesse de son jeu valait pour lui plus que le Real. Il se disait avoir en lui l’ADN blaugrana avec XAVI Hernandez comme idole.

Y comme Yolele

Passionné de la bonne musique, Jeannot WITAKENGE était accroc à du Papa Wemba. La chanson Yolele sortie en 1995 et extraite de l’album Emotion l’intéressait particulièrement. Elle lui rappelait les retraites de préparation de saison organisées par Lupopo à Kipushi et par moment à Likasi. Il avait également un faible pour la vois de Paty Pacheco de Nouvelle Ecriture toujours sous Papa Wemba,  auteur de la chanson « Lamentation ». En portant Papa Wemba dans son cœur, dans son âme et dans son esprit, il ne se représentait certes jamais qu’ils mourraient tous à la même date, un 24 Avril ; en 2016 pour le Vieux Muzee et en 2020 pour Mugondo. Et sur le plan local, si vous teniez à le voir joyeux et détendu, amenez-le au Concert karaoké de Dieu MOTONGI, son chanteur préféré.

Z comme Zanzibar.

En dépit de sa popularité, de sa célébrité et de son prestige dans la sous-région des Grands Lacs africains, le club de Rayon Sports n’a remporté qu’une seule Edition de la Coupe dite CECAFA/Kagame Cup, Version Clubs. Et c’était bien en 1997 grâce en grande partie à Jeannot WITAKENGE lors du Tournoi organisé à Zanzibar, auteur de 2 passes décisives en faveur respectivement de Mbusa Kombi Billy et Zappy MOLA. Les rwandais éliminent en demi-finale les tanzaniens de Young Africans par 3-1 avant de battre en finale les zanzibari de MLANDEGE par 2-1. Au retour à Kigali, le Président Paul KAGAME offre à Rayon Sports un bus COASTER pimpant neuf.

Reposes en Paix Héros.


Hommages de Justin KYANGA

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7 thoughts on “Jeannot WITAKENGE de A à Zed (Tribune de Justin KYANGA)

  1. nos remerciements pour cet article qui bat le record de tous ceux dont j’ai déjà eu la chance de lire. chapeau bas au doyen Justin et au monument JW6 Jean Witakenge 6.

  2. Chapeau bas à toi mukubwa JUSTIN KYANGA, t’es une bibliothèque sur le plan footballistique apa kwetu.
    Je manque seulement quoi dire mais uko ngufu mukubwa.
    Soyez beni baba

  3. Que dire de cet article ? je suis de ceux-là qui n’ont pas vu jouer Jeannot ici comme au pays comme ailleurs….A lire cet article, je suis en train de découvrir qui il était…. Combien il pesait et Qui auront bénéficié de son savoir-faire sur terrain pour devenir aussi grand en RDC comme dans d’autres pays….Je voulais enfin saluer Talent d’or d’avoir pensé qu’un élément comme celui-ci valait tout son pesant d’or… je remercie très sincèrement Le président Justin Kyanga dit Mwasa pour cet élément de si haut niveau

  4. Mes sincères félicitations mon frère Justin,
    A fungoli nga mémoire (comme disent le kinois). Coup de chapeau !

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